23 Avant d’imaginer parvenir à une quelconque conclusion ou solution face à cette seconde vague de psoriasis, il fallait se rendre à l’évidence : je ne pouvais faire aucun chemin dans cet état. Suite à cette séparation, je sentais la situation m’échapper, tout repère voler en éclats et un enfoncement possible dans les sables mouvants d’une déprime annoncée.
Le psoriasis s’en repaîtrait avec délectation, la chute lente gaverait le psoriasis jusqu’à la crise ultime.
Ce temps si proche de la victoire sur le psoriasis était déjà si loin, les certitudes construites au fil des mois vite envolées. Comment se remettre en selle quand c’est la monture au galop qui vous traîne et que l’étourdissement de la chute empêche même de voir l’horizon ?
J’avoue n’en avoir eu aucune idée. Un maelström de mots et de qualificatifs me venait à l’esprit au fur et à mesure que ma tête heurtait les cailloux du chemin sur lequel j’étais traîné, et la monture d’accélérer …
Oubli, haine, colère, solitude, peur, colère, incompréhension, colère, amertume, déception, colère, vengeance, hargne, colère, rage, doute, complexe, rage, psoriasis, rage, inconnu, rage, rage, incompréhension, rage, rage, rage, rage, peur.
On peut rêver mieux quand la vie redistribue les cartes … mauvaise main, condamnée à perdre.
En me regardant dans la glace, en voyant ce festin du psoriasis sur mon cou et mon torse, me revinrent en mémoire les mois passés. Certes avec effort, j’ai tenté de renverser la vapeur.
Compréhension, reconstruction, oubli, pardon, dialogue, action, aide, futur… Voilà qui était mieux, j’ai demandé une nouvelle main.
En appliquant la règle de l’action, voici le résultat :
Agir en ne s’arrêtant pas aux constatations négatives qui gangrènent la pensée et l’esprit.
Comprendre, avec les moyens et les informations disponibles, par tous les moyens, en trouvant de l’aide, en dialoguant, en cherchant. J’ai contacté par exemple d’anciennes connaissances ayant vécu la douloureuse expérience de la séparation. Après quelques temps ou mois, leurs témoignages étaient somme toute assez dédramatisants. Certes le temps s’était écoulé pour eux, j’aurais voulu accélérer l’écoulement des mois. Et des lectures aussi, toujours, sur le couple, le deuil et la séparation.
Pardonner, en apprenant qu’il ne s’agit jamais de la faute d’un seul et en acceptant que dans la séparation, il y a une part d’abandon de notre propre fait qui remonte à quelques temps avant la date fatidique.
Dialoguer, dans la mesure du possible, par respect du passé et pour aussi pouvoir, chacun, se reconstruire, tant bien que mal, avec le temps en acceptant que personne ne sort vraiment gagnant dans l’immédiateté de la séparation, quelles que soient les apparences et les circonstances.
Parler, parler, parler. Avec tout le monde, ne pas se cacher comme si on était affublé d’une maladie honteuse. Finalement, les personnes connaissant la situation du pauvre laissé pour compte sont au contraire souvent honorées qu’il se confie à elles. Comme avec le psoriasis, inutile de se cacher, le mal qui ronge se devine ou se voit facilement, autant l’exorciser le plus possible.
Oublier. Oui, il faut accepter l’idée d’oublier un certain nombre de choses. Les souvenirs sont et seront toujours là, autant ne pas trop les éveiller dans cette période de troubles. Chaque morceau du quotidien participe suffisamment à cette remémoration douloureuse : des lieux, des paroles, des musiques, des objets… tout semble contribuer à faire mal. Il faut s’en protéger sans détourner ses pas. Le décor de la vie ne changera pas suite à une séparation. Il faut composer avec … ou déprimer.
Se reconstruire. Accepter l’idée de devoir faire le chemin seul, de retrouver des intérêts proprement égoïstes en se réappropriant les choses qui nous font sourire, en redécouvrant des rêves d’enfants et en s’accrochant à les réaliser.
Bref, ne pas s’oublier dans des sentiments négatifs qui ne mèneront nulle part qu’à une décomposition exponentielle de tout ce qui fait notre unicité. C’est finalement combattre ce complexe de la séparation qui nous murmure de manière lancinante que nous ne méritons pas d’être vécus.
Une recette bien fastidieuse à mettre en place que celle-ci, incomplète et incertaine, j’en conviens. Mais accepter de rassembler les ingrédients de la réussite possible, c’est déjà couper la sangle qui nous lie à cette monture partie pour une course folle et aveugle.
Les voyants de mon torse et de mon cou étaient toujours au rouge après quelques mois.
Pour jauger la réussite de mes avancées, c’est par hasard grâce à ma naturopathe que j’ai découvert les fleurs de Bach. Trois petites fioles constamment dans ma poche, dont une que je prenais dès que le quotidien et les émotions devenaient trop pesants. Je ne les oubliais jamais.
Et ainsi de suite au fil de quelques mois.
Et puis un jour, un sourire. Quelques temps après des rires. Et puis un cinéma seul. J’ai poussé l’exercice à m’inviter au restaurant un soir, de manière improvisée, quand tous ces couples trouvent triste et pathétique le repas solitaire. Et puis des discussions autres qui revinrent. Et là de bonnes soirées. Ici de belles rencontres. Un travail prenant, investi de plein pied. Encore des éclats de rire.
Au fil du temps, au bout de cette course après moi-même, le psoriasis s’estompa et disparut. J’étais encore fragile, je le sentais, toujours ces rappels du quotidien.
Et puis un jour, j’ai oublié les fioles de fleurs de Bach …
Je peux parler de ces actions car c’est finalement grâce à elles que j’ai gagné contre ce second assaut du psoriasis. Elles se sont déroulées dans le temps, se sont enchaînées et suivies de manière presque logiques à partir du moment où le premier pas a été possible. Je ne peux dire si d’autres méthodes auraient pu venir à bout de cette rechute cutanée. Partant du principe, que le psoriasis avançant est un signe d’oubli de soi-même … je crois que la méthode était juste dans ce contexte.