19 Faire un bilan complet de cette année passée à se battre contre la maladie, contre moi-même, n’est pas évident. Ce qui fonctionne, ne fonctionne pas, dans quel contexte, pourquoi, comment ? Les causes, les traitements, les crèmes, les cachets, l’alimentation, la gemmothérapie, la psychologie, l’autohypnose, la microkinésie, l’homéopathie, … qu’est-ce qui a fonctionné, quel est le vrai levier ? Impossible de s’y retrouver dans ce kaléidoscope d’idées et de techniques. Pour ma survie, seul le résultat comptait, certes, mais la réflexion ne pouvait s’empêcher de naître au fur et à mesure que mes idées s’éclaircissaient.
En faisant un parallèle entre les témoignages que j’ai pu lire – les vrais témoignages, pas ceux qui visent à vous envoyer sur un site vendant la crème miracle du jour – et ma propre expérience, je n’ai qu’une conclusion à donner : le psoriasis ne peut être traité par la médecine seule. Il est inconcevable de ne s’en remettre qu’à l’avis et au traitement d’un dermatologue. Il fonctionne parfois, certes, mais dans beaucoup de témoignages positifs, il n’y a pas assez d’informations sur les changements de vie parallèles à ce succès du traitement.
J’aurais tendance à étendre cette remarque à un grand nombre de maladies.
Certains auteurs et spécialistes ont déjà franchi ce pas d’ailleurs en précisant que les maladies, voire certains accidents, seraient pratiquement provoquées par notre propre inconscient pour nous alerter de nos maux intérieurs et enfouis, de problèmes à régler, d’un état de changement en cours, ou comme déversoir de notre peine; où la maladie devient alors une véritable incarnation physique de sentiments refoulés et mal maîtrisés… Si mon inconscient a voulu me prévenir, je n’ai pas compris le message et je ne le connais toujours pas.
Je préfère en tout cas cette vision du psoriasis à celle d’une maladie auto-immune inflammatoire due à je ne sais quel dérèglement physique de mes cellules, qui relègue mon corps à une simple machine en panne qu’il faut réparer. Non, je sais à présent que nous sommes plus compliqués que cela.
En effet, suivant les personnes atteintes, on note déjà différentes formes de psoriasis, ensuite, sur un même type de psoriasis, l’action des traitements médicamenteux n’a pas la même justesse. Certes, le corps humain est une machinerie organique très complexe et on est loin d’en avoir une cartographie exacte. Mais l’invocation de cette méconnaissance scientifique pour expliquer les différences de réussites de certains traitements, c’est se priver d’autres axes de recherches et d’action.
Notre civilisation a fait le choix de la science en remplacement de la théologie afin d’expliquer et d’appréhender le monde. Je me souviens de ces cours d’histoire où je trouvais ces idées moyenâgeuses tellement barbares et reculées, peut-être parce que c’est ainsi qu’on me les a présenté et que l’on m’a bien vendu les bienfaits de la science. J’étais ainsi rassuré de voir qu’heureusement, certains penseurs s’était battus ou étaient morts pour faire parvenir la science au rang qu’elle connait actuellement. Tout est science, même l’étude de l’homme est devenu une science : sciences humaines, sciences sociales, … sont autant de disciplines qui tenteraient de transcrire nos vies en grandes équations. Certes, l’allégation est toute rapide et des œuvres complètes n’ont pas achevé de faire le tour de la question. Les calculs sont alors automatisés : j’ai une maladie, je rentre dans l’équation du moment en fonction des paramètres initiaux, je tiens compte d’une limite des connaissances de la science elle-même et j’obtiens un résultat, ou plutôt un écart type tel que les mathématiques nous les ont appris.
Dans cette résolution incertaine, je souhaite reprendre le contrôle. Revoir mon corps et mon esprit comme un ensemble cohérent et complémentaire. La science m’en empêche du fait de ce cloisonnement intense qui a divisé les spécialités. Je pense que je serais allé plus vite si j’avais eu suffisamment les idées claires au moment des débuts sérieux de mon psoriasis. Il me fallait surement cette première expérience, ce premier contact avec lui pour arriver à ces conclusions.
Elles peuvent paraître faciles à dire, comme un discours prémâché qui ne mène nulle part. Et pourtant, cette réflexion a bien un but ultime.
Je sais à présent que le psoriasis fait partie de moi comme mode d’expression de dangers entiers qui arrivent à un instant donné. Et je suis sûr que d’autres maladies ont les mêmes fonctions sur d’autres personnes. Il guettait peut-être dans mes gênes et attendait quelque chose pour s’exprimer.
Avec le recul, je prends ce mal latent comme un signal d’alerte et non plus comme une fatalité à subir. Le travail à réaliser pour s’en défaire va au-delà du symptôme-même du psoriasis et certaines techniques, dont la médecine, peuvent nous permettre plus facilement de passer une crise.
Mon psoriasis a déjà refrappé, dans des proportions moindres. Il a fallu repartir au combat, chaque irruption a été prise avec le même sérieux pour éviter les débordements. La différence est que cette fois je connaissais les raisons de ces réapparitions puisqu’elles étaient dues à des événements de la vie.
Le fait de connaître les causes ne suffit malheureusement pas à combattre les effets. C’est pourquoi j’ai achevé de chercher les raisons de ma première crise, seul compte le bien-être et je crois que tous les moyens mis en œuvre ont été tournés dans ce sens.
Je fais bien à présent la distinction entre plaisir et bien-être. Le plaisir a cet aspect immédiat qui comble un désir s’inscrivant dans un ensemble plus complexe et plus grand : le bien-être. Le bien-être est un état absolu et entier de la personne qui rend inutile toute recherche de plaisir compensatoire. Non, il ne s’agit pas d’une vie d’ascète, mais d’une recherche profonde pour vivre mieux et ne pas avoir à pallier ce manque de bien-être par des petits plaisirs fugaces et éphémères. Les traitements pour le psoriasis ont ce rapport au plaisir : un soin immédiat de surface qui vise à combler un problème plus profond. Cela fonctionne, mais temporairement. Le bien-être complet est plus long à obtenir, comme la rémission du psoriasis, mais une fois qu’il est installé rien n’est plus comme avant.