22 Envisager le psoriasis comme une aubaine est une pensée complètement démente. Je l’avoue. Et pourtant, dans le contexte de la séparation, sa réapparition m’a permis de me concentrer sur autre chose que la douleur elle-même, divertit – au sens réel, celui que Pascal nous a appris sur les bancs du lycée – de cette déchirante solitude imposée et soudaine. Et je parle à peine de la remise en question profonde et énigmatique engendrée …
Le psoriasis est réapparu rapidement, je le voyais prendre des forces jour après jour. D’abord sur le cou, par petites tâches rosées. Les premières démangeaisons ne tardèrent pas et il s’étendit sur toute la poitrine.
Rétrospectivement, j’ai compris ce fanatisme pour « les écorchés » de Noir Désir, dont je gravais les paroles frénétiquement sur les tables du lycée. Pardon Madame la Directrice, vous comprenez maintenant combien l’exutoire était nécessaire et le crime prémédité.
Une autre c
oïncidence que cette étrange fascination pour « le transi » de Ligier Richier, communément dénommé « l’écorché ». Comme si le passé amenait ses explications dans le présent, dans ce dépeçage conscient et jouissif au-delà de la douleur. Mon histoire n’a aucun rapport avec celle de René de Chalon. Je me suis juste projeté dans sa dernière représentation, j’avais enfin trouvé les explications de cette fascination juvénile étrange portée depuis notre première rencontre, il y a plus de trente ans. Je suis né dans la ville qui l’accueille depuis plus de 500 ans et j’ai eu l’occasion de lui rendre visite plus d’une fois … jusqu’à en rencontrer une copie dans un détour hasardeux au musée de l’architecture de Paris.
Moi qui envisageais d’espacer les séances de psychothérapie après la rémission, je me rendais compte que j’avais encore de quoi travailler. Les séances ont redoublées d’intensité. Et heureusement. Je m’étais débarrassé du psoriasis une fois, j’avais le droit d’y croire pour une seconde. Et j’allais tout faire pour y arriver, ressortir quelques armes de l’arsenal et me remettre en route. Avant de me relever et de prendre la route, je devais d’abord me défaire de cette image d’écorché et soigner mes plaies, mettre en place une nouvelle stratégie.
Envisager un véritable rapport direct entre le psoriasis, la première phase, et cette séparation est un travail que je n’ai toujours pas réussi à mener à bien. J’aurais souhaité trouver le point central du lien entre les deux, transcender l’idée qu’un choc moral seul puisse engendrer une rechute. Il doit y avoir un rapport plus profond. Si le psoriasis est bien lié à moi, alors il est réactif à certaines causes enfouies, le choc en étant l’effet.
Au-delà de cette réflexion, j’ai du me résigner à voir la guérison propre et totale du psoriasis comme impossible. Résignation ? Peur ? Prise de conscience ? Peu importe. Quoique je fasse, il est enraciné et tapis quelque part, prêt à bondir au moindre accro. C’est une faiblesse en soi, mais qui, une fois contrôlée, voire maîtrisée peut changer la face des choses … et la mienne.