3 Il fallait bien se rendre à l’évidence, un traitement devenait nécessaire. Pris à la légère, je l’envisageais plus comme on se passe de la pommade sur des piqûres de moustiques. Des petits bobos sans conséquences qui disparaîtront grâce à la magie de la médecine.
Le combat était facile les premiers temps. En deux ou trois jours, les plaques partaient sans problème. Et je devenais moins sérieux dans l’application. Et elles revenaient, puis repartaient à nouveau.
Il s’agissait d’une crème à base de cortisone. Plutôt efficace et décapante. Mais finalement, au fur et à mesure, j’ai pu noter que les plaques revenaient aux mêmes endroits mais un peu plus grandes à chaque fois, insidieusement. Les bras, les jambes, un peu partout.
A ce moment, les plaques ne faisaient que démanger. Rien d’invivable. Juste quelque chose d’inconsciemment dérangeant et il me tardait que cela cesse.
Je suis allé voir un dermatologue à plusieurs reprises. La réponse était toujours un peu la même : tant que le mal n’empirait pas, on ne passait pas à un traitement plus important. Cette crème était LE remède approprié de la situation. Et je dois dire que je ne jurais que par médecine et traitements … et j’avais envie de ce traitement de choc que je ne connaissais pas et qui m’était caché. Grande envie.
Suite à mes questions appuyées, il me proposa des séances UVs thérapeutiques, mais tout en ne cessant de me dire qu’elles étaient lourdes et très contraignantes. En bref, il n’était pas motivé par cette solution et la situation continua ainsi.
Il n’est pas évident de se rendre chez un spécialiste et ressortir d’entretien, chaque fois sans solution. Il est important de noter cette démarche de l’époque : attendre du secours de l’extérieur. Elle a bien changé à présent. Se laisser porter par un spécialiste, qui, lorsqu’il est lui-même désemparé, nous emmène plus au fond du trou qu’il ne nous porte. A ce moment, je n’avais aucun moyen de combattre. Le désarroi grandissant après chaque visite était aisément palpable.
Petit à petit, le psoriasis commença à me ronger le crâne également. Le moindre mouvement de tête s’accompagnait d’une pluie de flocons… je commençais à en laisser partout.
Je m’en souviens parfaitement : à mon entrée en poste, j’avais reçu un ordinateur portable neuf. Quelques semaines après, il était couvert de peaux mortes, du meilleur effet quand on se rend en clientèle. Impossible à nettoyer convenablement.
Un mois passa comme ça. Et puis je revins au bureau. La pression au travail augmenta légèrement : projet délicat à gérer car je n’étais pas qualifié à ce moment-là sur cette mission précise.
Au sol des bureaux, une moquette bleue foncée. Je me souviens encore sortir l’aspirateur chaque soir et tenter un nettoyage complet de mon poste de travail … certains collègues s’en souviennent aussi. Mais impossible de faire partir tout ça, surtout sur mon siège. Cette place maculée devenait la mienne, irrémédiablement.
Et que dire de la vie à deux … pas très réjouissant d’avoir un compagnon qui tombe en poussière physiquement et mentalement… ni pour l’un ni pour l’autre. Alors à la maison aussi, je passais constamment l’aspirateur. Chaque mouvement était accompagné d’une pluie de peau. Je ne peux décrire cette sensation de brûlure, se transformant en démangeaisons infernales, à n’importe quel moment, n’importe où …
Mais ce n’est pas tout.
J’avais l’impression de vivre normalement. Que ce phénomène n’était qu’une gêne physique et qu’il n’avait aucun effet sur moi, que je restais le même. C’est en retrouvant des mails de mon épouse à l’époque et en les lisant il y a peu que je me suis rendu compte du ravage tant physique que psychologique du psoriasis. Elle avait beau faire des efforts pour me secouer, j’étais déjà entré dans ma spirale négative. Et puis je n’aimais pas être secoué, je tombais en pluie ensuite … dans tous les sens du terme.
Une espèce de fatalité et d’inaction étaient là. Une lourdeur flagrante dans les pensées et les gestes. Dans la motivation quotidienne.
J’ai quand même pris soin de relire la notice de la crème … il y était écrit qu’elle ne devait pas être appliquée sur plus de 30% du corps. Mais comment mesurer ça ? Je n’en avais aucune idée.
En plus de ce phénomène, je m’apercevais que les plaques qui disparaissaient, revenaient ensuite, plus épaisses, plus longues à traiter, comme si le mal devenait résistant au traitement … Une nouvelle visite chez mon dermatologue s’imposait … plus ferme et déterminée, dans un sursaut élancé de détermination.