28Les jours passent ainsi, et les semaines aussi…faites de petits touts et de gros riens, de hasards plus ou moins volontaires, de rencontres, de plus belles rencontres, de jolies retrouvailles et de petites surprises autorisées, signe d’un mieux plus complet, plus vrai. Avec cette seconde rémission du psoriasis, une rémission plus émotionnelle ; une rémission de la séparation ? À en croire certains, c’est impossible, trop tôt. Qu’importe ! Même si dans sa signification première la rémission est un état soudain, un pardon immédiat accordé par une autorité supérieure ; nos rémissions émotionnelles ont bien le droit de passer par certains stades, et je voulais que chacune de ses phases l’émancipe d’avantage. Il fallait que ces impulsions imposées deviennent une seconde nature, une prévention auto programmée pour se rebiffer contre toutes les embuches de la vie et en profiter d’avantage encore.
Il est de certaines embuches une méconnaissance profonde, une anticipation impossible. Ce n’est pourtant pas faute de vivre dans un monde de communication, d’informations circulantes de plus en plus vite où seule notre capacité d’acceptation fait barrière. J’entends par là, campagnes de prévention, de communication et autres, qui nous informent qu’en ce moment même, pas loin de nous, parfois dans l’appartement voisin ou à plusieurs milliers de kilomètres, des personnes souffrent de différents maux ou risquent leur vie. Et pourtant, il n’est pas question de partager leur sort, à aucun moment.
Dans ce tumulte sans cesse en renouvellement, nous n’entendons pas, ne voyons pas – ou du moins la plupart d’entre nous. Comme si nous nous répétions : « Cela n’arrive qu’aux autres. » Témoins silencieux, victimes de la communication, non concernés, nous passons notre chemin. Accidents, maladies graves, … faisons-nous toujours mieux que les autres pour ne pas nous sentir concernés, ou bien s’agit-il simplement d’un réflexe psychologique d’auto défense ? Je n’y pense pas, je ne le vois pas, ça n’existe pas, ça ne m’arrivera pas.
En ce mois de juillet 2009, peu m’importait cette réflexion. Et pourtant un jour de ce mois, au détour d’examens médicaux pour mon père, je basculais du côté des personnes concernées, entendant et acceptant enfin la teneur de tous ces messages qui m’étaient parvenus. Mais il était déjà trop tard finalement.
L’annonce du cancer de mon père a été hésitante, je ne sais pourquoi, peu importe. Pas une annonce franche et directe, mais des examens contradictoires, aux résultats confus. Des examens pourtant techniquement sérieux. Finalement, ce sont de simples constantes de prise de sang qui m’ont permis d’imaginer la nouvelle dans son horreur.
Il n’était plus question de mon psoriasis, pas encore, mais bien d’un mal plus sérieux et risqué, qui ne touchait pas ma chair, mais celle d’un être cher.
Des embuches dans la vie ? L’image est bien faible finalement. Un champ de mines, d’obstacles se dressait à présent devant mon père, ma famille et moi … j’accostais sur une plage de Normandie en plein débarquement. Une nouvelle guerre était déclarée, plus dure, plus intense, dont nous connaissions peut-être déjà inconsciemment le vainqueur. Mais malgré cette défaite potentielle, hors de question de se laisser faire, il fallait agir … prendre les armes et passer cette plage de barricades.