Faire le bilan et ne pas s’arrêter

Vaincre le psoriasisPosez vos questions !

18 Avant de commencer ces séances d’UV, je me suis rendu à l’évidence et ai accepté ce que j’avais entrepris malgré moi depuis quelques temps : j’avais lentement tissé une bulle solide autour de moi, un rempart que nul assaut ne devait endommager, et pour cause… Une bulle prison, plutôt austère et vide de sens. Tellement occupé à m’enfermer sur moi-même que la vie et le temps s’égrainaient sans que j’y prenne place, sans que personne ne puisse y entrer. Bulle de soie et de savon ballotée au grès des vents, d’où je devinais une image floue du paysage et des saisons. Le voile semi opaque de sa paroi visqueuse m’empêchait d’y voir clair et de me débattre.

Comment cette bulle a pu crever ? Je ne peux en être sûr, mais elle a bel et bien fini de disparaître lors de ces séances d’UV qui ont achevé de me transformer. Je crois aussi que j’ai pu m’en défaire par ces petites actions menées au fur et à mesure, cette inversion de vapeur lente et progressive pour que le cercle vicieux devienne vertueux. Les UV en étaient la dernière étape. Le psoriasis est un mal atroce, la barrière physique et psychologique que l’on construit pour s’en cacher est pire. Elle entretient le psoriasis, le psoriasis la renforce encore. Cet obstacle entre le monde et nous n’est pas érigé que par les maux du psoriasis, mais aussi par nous, par ce que nous sommes et avons été contraints de devenir. Mais si le cercle peut être parcouru dans un sens, pourquoi ne pourrait-il pas l’être dans l’autre ?

Le changement radical après cette prise de conscience ne peut être fait ni aisément, ni d’un coup sec. Il faut se donner les chances et tenir compte de son état pour poser face à soi les bonnes étapes, ni trop dures, ni trop faciles. Ces étapes doivent résonner avec nous-mêmes, mais elles doivent être le signe d’un départ immédiat, d’un premier mouvement.

Je crois que peu importe le chemin tant qu’il ne nous est pas imposé et que nous le prenons de bon coeur.

J’ai exposé dans les articles précédents les phases qui ont été miennes. Elle ont été construites et envisagées par hasard, par rencontres, par réaction, par recherche, mais toujours en accord avec mes convictions. Les miennes, pas celle d’un tiers. Aucune d’elle n’est une vérité absolue, une recette à appliquer à la lettre. Certains iront voir un acupuncteur, un chaman, un rebouteux, prier leurs dieux, prendre une année sabbatique, visiter Lourdes, …

Si je reprends le cas du cancer… beaucoup de patients prennent leur traitement à contre-cœur, et pour cause, on ne peut les en blâmer. J’ai vu trop de malades désespérés dans les centres anti-cancer. On les force à prendre un traitement qu’ils ne souhaitent pas, que la pensée commune nous présente comme mortel et ils ne se donnent souvent que cette option, c’est écrit sur les visages des salles d’attente et des lits de chambre.

Où est la solution ? Parfois il n’y en a pas. Il faut se rendre à l’évidence, certains cancers sont incurables. Il n’est ici pas question de devenir des dieux éternels, nous avons tous une fin. Mais souvent, il suffit de se prendre en main. Combien de fois ai-je entendu que le moral est important pour la guérison ? C’est un lieu commun à présent. Avant même de demander des nouvelles d’un cancéreux, on demande s’il a le moral et on insiste sur le fait qu’il doit le garder. Facile à dire. Et malgré cela, nous travaillons à nous renfermer, à perdre ce moral si cher, à ne faire confiance qu’à des disciplines qui raisonnent en terme d’équations chimiques, et nous les envisageons sous un mauvais angle parce que nous nous en remettons à elles et leurs effets uniquement.

Je crois que tant que l’action est là, un résultat finira par arriver, même si certains résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs que nous avions porté en eux. Oui, parfois la récolte est mauvaise. Mais il vaut mieux une mauvaise récolte que ne rien récolter du tout, non ? La mauvaise récolte nous en apprend sur nos méthodes. Ne rien semer, l’inaction, n’apprend rien.

Que nous apprennent ces espoirs déçus alors ? Qu’il faut repenser la méthode, qu’elle n’était finalement pas en accord avec nous-mêmes, ou pas assez. Il y a toujours des pistes à explorer tant que nous nous donnons la peine de chercher, tant que nous trouvons l’inspiration pour déceler les chemins cachés.

Déjà se dire que nous avons tout essayé est signe que nous avons baissé les bras, que nous licencions notre propre guérison et jetons notre bien-être avec. C’est un des signes de ce manque d’inspiration, de créativité. Il faut être dans un état positif certain pour trouver des idées, quelles qu’elles soient.

Je l’ai compris au réveil, le matin.

Pourquoi est-il si facile de se lever les jours de vacances et si dur les autres jours de l’année ? Parce que nous sommes plus motivés, nous avons envie. Nous sommes libres de nos actions la plupart du temps ces jours-là. De nos actions.

J’affectionne ces jours de week-end et de vacances, comme tout le monde. J’y décide ce que je veux faire, ce que j’ai envie. Je m’accorde le droit de voir du monde, de sortir, de découvrir, … mais pas la semaine. Non, je n’ai jamais le temps, toujours pressé. Je m’enferme. Je remets à plus tard parce qu’il faut faire ceci ou cela. Je n’arrive pas à composer avec moi-même, avec mes envies. Et je suis démotivé, toujours fatigué. Je me prive de la liberté de toute action en laissant le quotidien et mes engagements revenir à la charge constamment, en invoquant le temps et la fatigue comme les complices invisibles de mon mal-être.

C’est une partie du constat que j’ai pu faire en sortant la tête de l’eau. De guérir ma peau, l’enjeu devenait encore plus grand : me guérir moi, dans mon entièreté. Plus je prenais le pouvoir sur mon psoriasis, mieux je me gouvernais. Et plus je prenais le pouvoir sur moi, plus le psoriasis disparaissait. Je commençais à entrevoir les possibilités et les champs d’application de ces réflexions, et surtout leurs bénéfices. A ce stade, il ne s’agissait plus d’un combat entre le psoriasis et moi, mais d’un combat entre moi et moi. Le psoriasis était juste une arme dégainée par l’un des deux.

Ces bénéfices n’ont pas été l’arrivée à laquelle je pensais. Non. J’ai du plier bagage assez rapidement, à cette différence que j’avais acquis une grande expérience dans mon précédent voyage.

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