17 Des progrès physiques nets et flagrants, une sensation de mieux, certes. Et pourtant, je n’étais pas rassasié, je n’en avais pas assez et rien n’allait assez vite. Sous l’impulsion de ma compagne, je me suis rendu à l’hôpital Saint-Louis, au service dermatologique où officient les meilleurs spécialistes du psoriasis de Paris.
J’y allai en auditeur libre en quelque sorte, pas sûr d’obtenir une date de rendez-vous décente, mais pourquoi ne pas essayer ? Il a fallu m’y pousser un peu. Finalement, j’avais toujours cette image collante à la peau qui me figeait devant les inconnus.
Par un matin ensoleillé, je me suis engouffré dans de longs couloirs sombres, à la recherche du bon service et de la bonne personne à rencontrer. Les étapes à passer avant d’arriver au bon bureau furent immensément longues, sans fin. Tous les patients voulaient un rendez-vous, tous plus malades les uns que les autres. Et pourtant, j’étais bien la seule personne portant les stigmates visibles d’une présence justifiée en ce lieu. Autant tirer partie de cette situation, même involontairement.
« Oh, mais vous êtes gravement touché monsieur, passez avant moi. » J’ai compris quelques semaines plus tard qu’on pouvait parfois me confondre avec un grand brulé.
Je suis arrivé au bureau final, ultime étape où le sphinx pose ses énigmes et vous laisse passer ou non. Ce jour-là personne n’est passé visiblement. Pour ma peine et mon aspect extérieur, j’ai pu obtenir 3 semaines de réduction sur le délai d’attente habituel : trois mois. Oui, cette dame à l’accueil des consultations était un vrai sphinx implacable et objective, trop sûrement.
Dans un élan de réflexion avant l’énigme ultime qui scellerait ce passage à l’hôpital, j’ai pensé à demander les noms des spécialistes du lieu. Il paraît que la plupart ont un cabinet de consultation.
J’ai retenu un nom, proche de mon travail.
Bien m’en a pris de refuser le rendez-vous à l’hôpital : j’en ai obtenu un avec un des spécialistes … moins trois semaines après la prise de contact, dans son cabinet. Cette matinée perdue ne l’était pas tant que ça finalement.
L’idée était simple, trouver un autre avis, l’avis d’un spécialiste reconnu, lui parler de tout ça. Tester, agir, peu importe, faire quelque chose de bien ciblé sur le psoriasis avec si possible une personne bien informée.
Le rendez-vous a été aussi rapide que les autres. Je lui ai parlé de mon parcours, du refus du traitement par cachets, de la naturopathie et des plantes. A ce moment, je souhaitais qu’il me prescrive des séances d’UV. Je déteste passer du temps au soleil et pourtant ses rayons font le plus grand bien dans des doses convenables. Alors autant tenter le soleil en boite. Il a respecté mes choix, un peu tiqué sur la naturopathie tout en acquiesçant consensuellement sur les bienfaits d’une bonne alimentation. Ne parlez pas de gemmothérapie à un dermatologue par contre. Je crois que ça ne sert à rien que de vous faire passer pour fou. Pourtant il a bien remarqué que les plaques étaient beaucoup plus virulentes quelques temps avant. Alors, il accepta de me prescrire des séances d’UV pour aider et nettoyer. Prise de rendez-vous pour quelques mois ensuite, à la rentrée de septembre suivante, nous étions début juillet. Hormis l’impression de passer pour un marsien et de ressortir du cabinet en soucoupe volante, j’ai fortement apprécié son écoute et le fait qu’il ait accepté d’intégrer les UVs dans mon programme personnel.
Cette année-là, les vacances se passèrent sous le soleil de Crête. Allez savoir pourquoi… le soleil, oui, le soleil.
Un passage par la famille tout d’abord. Il est vrai que sans connaissance précise du contexte et des événements précédents, il leur était difficile de juger. Je me suis présenté à eux sous mon meilleur jour, la gemmothérapie avait déjà fait le plus gros de son œuvre, et pourtant, ils étaient tous accablés par mon état. Je les accablais. C’était frustrant ! Tous ces efforts … Tant pis, je tentais d’expliquer, de raconter tous les effets positifs des actions menées. Mais non, seule ma compagne pouvait comprendre et voir. Et pour tout remerciement, elle avait une huitre fermée pour compagnon, les plaques en plus. Je m’en suis rendu compte quelques temps après, j’étais toujours enfermé sur moi-même, ne parlant que peu. Ça, c’était un autre travail en cours.
Je commençais tranquillement les séances d’UVs. Au plus fort du traitement, j’en avais pour 18 minutes par visite. J’étais loin du traitement contraignant décrit par mon premier dermatologue. Les durées de séances allaient crescendo sur 30 séances. Pas plus à l’année, risques de cancer de la peau obligent.
Le nombre me paraissait largement suffisant pour arriver au bout du psoriasis, j’étais déjà à mi-chemin de la guérison.
A la vue du planning et des espaces nécessaires entre les séances, 4 bons mois sous traitement ont été nécessaires.
J’ai beaucoup aimé le soleil en boite. Il a un côté très artificiel bien sûr, mais dans mon cas, l’effet de ses rayons cancérigènes allait au-delà de l’action dermique. Il avait un effet bénéfique sur la tête. Je me sentais bien après chaque séances, quel que soit le temps dehors, quels que soient les événements extérieurs, j’étais prêt à tout porter. Je pense qu’Hercule ne s’est jamais senti aussi fort dans son corps et dans sa tête. Non, lui ne faisait pas d’UVs. J’étais plus fort que lui, je le devenais toujours plus, au fur et à mesure des séances. Si le cancer devait avoir un prix, je voudrais que ce soit celui-là, qu’il soit négocié contre au moins un véritable bien-être vécu, pas contre une dépendance à toute forme de drogues légales ou non, où j’inclus l’alimentation évidemment.
Finalement 29 séances ont été faites, même si le travail de régression n’était pas tout à fait terminé. Ma peau avait retrouvé toute sa souplesse et sa douceur originales, un beau teint hâlé pris en charge par la sécurité sociale en plus.
Associé parallèlement à l’autohypnose, à la relaxation, à l’alimentation et à la psychologie, je devenais un cocktail détonnant ayant dépassé la flamme rouge du parcours. Prêt pour le dernier sprint avant l’arrivée.