14 Malgré ce vent frais qui soufflait à nouveau sur mon horizon, je gardais le même aspect extérieur. En cela, rien de changé. Toujours ces mêmes difficultés dans la vie de tous les jours et cette quête discrète d’un naturopathe.
En attendant, je vidais mes étagères de cuisine au grès des lectures et en pistant les ingrédients montrés comme incompatibles avec le psoriasis. Quelques rares essais désastreux suite à des visites dans des magasins bios furent à déplorer, mais dans l’ensemble, ces recherches prenaient une dimension toute ludique ouvrant la voie à la découverte d’un nouveau territoire gustatif. Tout était là : le goût. Pourrait-il être à nouveau domestiqué, changé ? D’un combat contre le psoriasis, cette recherche devenait une course à la véritable alimentation.
Nous sommes tous conscients de bien manger, d’avoir le choix et de prendre les bons en adultes responsables. J’avais aussi cette bonne conscience et ces petites excuses de quelques excès menés plus fréquemment que je ne voulais bien me l’avouer. Ce ventre un peu lourd en fin de repas, cette charge alimentaire volontaire pour « tenir le coup » dans l’après-midi, n’empêchait finalement pas de reprendre quelques collations à des heures aléatoires. Je me souviens même devoir me jeter sur du grignotage sucré avant le repas du soir. Parfois d’être semi tremblant et de devoir me soulager par d’autres collations, comme drogué. J’ai trouvé les explications dans l’index glycémique, plus tard. Je ne pouvais avoir conscience que j’allais me débarrasser de ces maux quelques temps plus tard, et découvrir ce que signifiait réellement « s’alimenter ».
Le naturopathe dont j’étais en quête se trouvait tout simplement à quelques pas de mon travail et officiait dans une parapharmacie. Un rendez-vous fut fixé quelques semaines plus tard.
Je pris soin de bien finir ce petit traité de naturopathie et un autre ouvrage concernant la méthode acide-base. Les deux notions sont très proches, mais pas tout à fait expliquées de la même manière. Le plus interpellant dans ces lectures, fut la découverte de l’indice P.R.A.L. (Potential Renal Acid Load ou charge acide rénale potentielle), où l’on apprend que la digestion des aliments provoque des substances plutôt acides ou alcalines dans l’organisme, en fonction de leur nature. Etant donnés nos modes de consommation occidentaux … nous penchons tous vers l’acide, je n’ai rencontré personne qui pourrait se vanter d’osciller autour de la neutralité. Cette acidité permanente serait à l’origine d’un certains nombre de maux que nous connaissons tous. Le but recherché étant d’être le plus proche possible de l’équilibre.
J’ai apprécié ce rendez-vous avec ma naturopathe. Loin d’une consultation médicale, la séance est un véritable entretien, un état des lieux sur soi et sa vie. Il dure plus d’une heure et doit être renouvelé deux fois dans les sept mois suivants. Après cet état des lieux, un apprentissage rapide des bonnes combinaisons alimentaires à faire pour chaque repas. Il faut au moins un livre pour comprendre le mécanisme de ces combinaisons et pouvoir se prendre en main.
Le but de cette première séance était de détoxiquer le corps, de renvoyer mon penchant acide flagrant vers la neutralité. La naturopathie devrait plutôt être utilisée de manière préventive, je l’appelais plutôt à l’aide.
Le programme était défini : d’abord nettoyer le corps, faire un bilan après un mois et à ce moment, choisir la solution qui correspondrait le plus à mes attentes. Je fus prévenu. Ce mois de transition serait le plus dur. Toute mon alimentation fut passée au crible. Aucune guérison significative ne serait vue sur le psoriasis, il fallait d’abord nettoyer « le terrain » avant de partir sur « un traitement ». J’ai donc tout changé et suis parti avec ma fiche alimentaire. Plus rien n’allait être comme avant. Pour m’accompagner dans la démarche, quelques compléments alimentaires me furent prescris. Toujours les Oméga3, que je ne pouvais trouver en quantité suffisante dans mon alimentation. Des pré et probiotiques pour aider la flore intestinale, la remettre d’aplomb et l’aider à s’adapter à ce nouveau mode de consommation. Et quelques compléments vitaminés.
En une semaine, les effets des compléments se firent sentir. J’éliminais mieux et je me sentais bien mieux.
Pour l’alimentation, c’était un peu plus triste. Une cure de légumes accompagnée de quelques protéines mais plutôt végétales, toujours dans cette proportion 70% de légumes et 30% de protéines, midi et soir. Le petit déjeuner était aussi assez déprimant. A ce stade peu importe le psoriasis ou un autre mal. Cette cure de jouvence est bénéfique pour tous les maux, tous les états.
Au-delà du changement brutal gustatif, je mesurais déjà les effets positifs. Toujours rassasié, j’étais moins lourd, mois dépendant de mon alimentation. Elle n’était pas encore source de plaisir, mais ce changement laissait présager le meilleur. Plus jamais ballotté, je sentais les effets positifs sur mon corps, l’estomac, les intestins, l’haleine, le moral, la fatigue chronique. Plus d’état trembant en fin d’après-midi. Je reprenais un certain contrôle.
Et je mangeais les quantités que je souhaitais au moment que je voulais. C’était juste différent. Quand je buvais des sodas auparavant, je passais à l’eau gazeuse, pour des gâteaux, je remplaçais par fruits et fruits à coque, pratiquement comme je le souhaitais. Une certaine liberté dans l’alimentation et les quantités qui m’empêche de parler de régime. Non, plutôt un changement d’habitudes, pour un mieux. L’effet est en plus tout naturel et il est accompagné d’une perte de poids en douceur.
Le mois passa ainsi, l’été approchait, le soleil brillait. Je ne me fixais que l’objectif de cette deuxième séance pour enfin, peut-être, passer à la phase de cure du psoriasis. Je savais qu’elle serait méritée.
L’alimentation a un effet réel. Elle n’est pas que destinée à nous faire survivre, elle n’est pas qu’accessoire, elle est surtout destinée à nous faire vivre de manière optimale. On la sacrifie trop souvent sur l’autel de la convivialité, du moment partagé, comme si nous portions encore les stigmates de nos ancêtres qui ont manqué de nourriture dans l’histoire. Mangeons mal et vivons mal, à terme. Je prends désormais une mauvaise alimentation pour un suicide à petit feu, au même titre que le tabac, l’alcool ou la drogue. Je l’ai moi-même utilisée pour m’intoxiquer et évacuer quelques unes de ces toxines par la peau… il fallait bien régler cette piste. Au-delà de cette résolution, j’ai bien changé mes habitudes et ne reviendrai plus jamais en arrière. Je me pose d’ailleurs souvent la question : « mais comment j’ai pu manger ça ? ».