Je salue largement l’initiative et la campagne lancée par l’APLCP (Association Pour la Lutte Contre le Psoriasis) qui ouvre un site dédié aux personnes atteintes, mélange de campagne d’informations et de sensibilisation : jenemecacheplus.com, le tout sur un ton visuel décalé et ludique sous forme d’un jeu de l’oie.
Alors, saluer la campagne et le travail effectué ? Oui, mais …
La campagne et son support
Je n’adhère pas aux vidéos qui devront faire le buzz ensuite. Rien à redire sur la réalisation, mais plus sur le scénario en lui-même. Avant de les visionner, ma première question était de savoir si une fois, enfin, on allait montrer le pso dans sa cruauté visuelle. Non, pas cette fois. Certes, pas la peine de remuer le couteau dans la plaie si le site est dédié aux psoriasiques, mais autant ne pas tourner autour du pot.
Alors ces scénarios ? En tant que psoriasique, je ne peux m’y reconnaître … le jeu sensuel et la douche collective sont, de base, des impossibilités de la vie quotidienne. Personnellement, je n’ai pas esquissé l’ombre d’un sourire et pourtant, je suis en rémission totale depuis plus d’un an à présent.
Côté réalisation, je regrette que le site ne dispose d’aucune alternative texte sur ces contenus : il est entièrement conçu avec Flash, et je gage qu’il ne sera jamais référencé. A l’heure de ces lignes, une seule page est indexée par Google, cqfd. A noter que le site de l’APLCP ne relaie même pas le site, aucun lien sur sa page d’accueil.
En l’état, je ne comprends pas cette campagne et ce qu’elle souhaite apporter, ni comment elle va pouvoir se faire connaître.
Le contenu de la campagne
Des témoignages pas très convaincants, et pour cause …
Deux témoignages viennent jalonner le parcours du « jeu ». Après quelques recherches, je ne peux qu’être déçu par ces deux interviews. L’un est tenu par Mélanie Aubin, qui est responsable du point jeunes APLCP, l’autre par Dalila Sid-Mohan qui est la responsable de la communication. Pourquoi avoir interviewé des personnes aussi impliquées dans la vie de l’association ? Des témoignages de particuliers, d’anonymes qui auraient pu parler de leurs propres expériences, de leur déconvenues éventuelles avec le corps médical et d’autres, d’expériences pratiquées, toutes sources d’idée dans un combat quotidien à la recherche d’une solution ultime. En ce sens, je préfère largement l’initiative « Under the spotlight« , beaucoup plus criante de vérité …
Impossible de savoir concrètement où Mélanie et Dalila en sont de leur propre pso. A ce que je comprends, il revient de temps en temps et elles retournent sur le traitement qui leur sied. Dalila énonce ce mot « traitement » plusieurs fois dans son interview. Une trentaine de traitements recensés en 2011, et chacun doit trouver le sien…
Alors s’il faut « garder l’espoir » tel que Dalila nous le dit par deux fois, je préfère ne pas rester sur le site. Je le relaie et en parle, mais ne cautionne en aucun cas son fond.
Des quizz mal ciblés
Certaines cases du jeu sont faites de mini-quizz qui n’ont pour effet que de rendre binaire une maladie bien trop complexe. La première question m’a fait sursauter, je cite :
Le psoriasis ! Un mot méconnu qui qualifie :
- Une dermatose chronique inflammatoire, qui va et qui vient.
- Une maladie infectieuse venue tout droit des Tropiques.
- Une maladie psychosomatique, pas grand’chose à faire, tout est dans la tête.
La bonne réponse à obtenir est la première. Damn ! Certes elle est juste, et par le quizz on a bien tendance à croire que c’est un fait établi.
Je passe sur la seconde … quoique quand je juge certains commentaires sur le web, je devrais peut-être ?
Quant au fait que la troisième réponse soit énoncée comme fausse par l’APLCP, c’est tout bonnement révoltant. Je ne rebondis même pas sur le « pas grand’chose à faire, tout est dans la tête » qui relègue le travail des psychologues, psychiatres, hypnotiseurs, … à une performance bien vaine. Révoltant alors ? Oui, car aucune chance n’est laissée à d’autres moyens de combat. Prenez votre traitement de temps en temps, appliquez des crèmes et passez votre vie ainsi … c’est le sous-entendu que j’entrevois, il me dérange. Quand en plus on aperçoit les explications : « Les causes peuvent être multiples. Les principales seraient génétiques et immunitaires …« . Autant de certitudes dans un quizz pour continuer ensuite par une phrase au conditionnel … si les causes sont multiples et les principales au conditionnel, pourquoi ne pas aussi entrevoir un symptôme psychosomatique ? Non, décidément, j’ai l’impression qu’on nous raconte ce qui est arrangeant. Non, non ! Pas de théorie du complot, juste une interrogation sur cette contradiction affichée.
Une autre question prise au hasard me laisse de glace.
Super soirée entre amis, vous devez être là ! Comment vous en sortez-vous ?
- Zen, on respire et on évite de croiser les miroirs avant de sortir.
- Je me mets sur mon 31 et j’oublie mon pso !
- Oh non ! Vous sentez l’angoisse monter et les démangeaisons qui vont avec.
C’est vraiment à croire que ce site n’a pas été conçu par des psoriasiques… Je connais par trop ces quizz montés à la hâte dont les questions/réponses sont finalisées la veille de la mise en ligne … sauf que là, il ne s’agit pas d’une campagne de buzz dédiée à la vente d’un produit (enfin j’espère !!), mais d’un sujet autrement sérieux qui ne doit pas être pris à la légère. J’ai moi-même reçu des témoignages tragiques pour lesquels je crains que jenemecacheplus.com ne soit d’aucune utilité.
Bref. La bonne réponse est la seconde. Dingue non ?! C’est si facile. Et pourtant, si je devais me référer à ma propre vie, j’aurais surement répondu « Je trouve une excuse bien lamentable et je reste chez moi »… Alors, plutôt que de sacrifier la valeur du message interactif comme on le fait souvent sur les questionnaires d’été de certaines revues, j’aurais préféré des questions ouvertes (exemple : « Vous êtes invité(e) à une soirée entre amis. Que faites-vous ? »), permettant de dépouiller des résultats réellement qualitatifs et faire ensuite passer des informations créées en réponse permettant de mieux conseiller et aider les psoriasiques, ceci afin de viser le véritable enjeu de la campagne : ne plus se cacher.
J’ai peur que le principe habituel des questions/réponses pour faire passer un message marketing ne soit galvaudé dans le cas de cette campagne. C’est simplement mon opinion en temps que psoriasique et membre du métier.
En conclusion
Je ne sais pas si le nom de la campagne a vocation d’application de la méthode Couet, mais en l’état, le contenu est bien loin d’être à la hauteur du but que l’on souhaite faire atteindre aux psoriasiques : ne plus se cacher. Et pour effet de ne plus se cacher, le pso est bien caché, lui, sur ce site : pas un seul visuel de pso. Les psoriasiques sont-ils si affreux qu’on ne veut pas les montrer dans leur réalité ? Prenons cette initiative, elle est simple, criante de vérité, et elle ne cache rien. Si je dois ne plus me cacher, je dois me montrer avec tous les inconvénients que cela représente, à mes yeux et à ceux des autres.
Malgré tout, je ne peux que me réjouir de telles initiatives, sans m’empêcher de fouiller à l’intérieur car, malgré ma rémission naturelle, je suis toujours à l’affût et en quête de réponses. Ainsi, le contenu de la campagne ne me va définitivement pas.
En cherchant plus loin, je n’arrive pas à trouver de liste exhaustive des membres de l’APLCP, je n’ai trouvé qu’un comité scientifique où seuls des médecins et professeurs siègent. Dommage …
Je me permets de critiquer ainsi le travail d’autrui car si l’on juge les propos tenus comme une théorie, je veux être l’expérience qui vient la défaire : les seuls traitements médicaux que l’on veut nous vendre ne peuvent être l’unique solution proposée à vie pour les patients, il y a d’autres travaux à faire sur soi qu’ingérer des cachets, faire des UVs, des intraveineuses et se passer de la crème.
Après cette allégation, je ne peux que vous renvoyer au premier chapitre de mon récit.