Aujourd’hui mes alertes Google ont été submergées par un communiqué visant à annoncer le passage en Phase II de l’inécalcitol sur des patients atteints de psoriasis modéré à sévère.
Évidemment, impossible de savoir ce qu’est ou pas cette molécule, puisque le laboratoire dispose du brevet d’utilisation à forte dose par voie orale de l’inécalcitol jusque 2029. Initialement étudiée pour combattre le cancer de la prostate, elle est à présent « recyclée » pour lutter contre le psoriasis car elle permet d’éviter la prolifération cellulaire, en gros.
J’ai lu récemment le N°777 de Sciences et Avenir qui traite en une de « ce que la science sait de la mort ». Un dossier intéressant qui envisage le sujet de la mort sous différents angles, pas uniquement scientifiques. Au fil des pages, on y apprend le mode de fonctionnement des cellules, leur cycle de vie, leur mort et aussi, le comportement anarchique complètement déprogrammé qu’elles peuvent avoir.
Le sujet de la prolifération des cellules cancéreuses y est donc abordé, évidemment.
C’est le lien que j’ai pu faire entre les effets de l’inécalcitol et cet article de Sciences et Avenir. En effet, le but de la molécule est justement de contrôler cette prolifération, là où il est clairement expliqué dans le dossier que, malgré tout l’optimisme que l’on peut porter sur ce type de thérapie, l’enjeu sera bien de cibler les cellules à maîtriser. J’imagine déjà combien cela peut être compliqué et donc … les dégâts collatéraux sur des cellules saines … Je peux me tromper, je n’ai pas fait d’études de médecine, mais le lien entre les deux sujets m’a sauté aux yeux, même si l’inécalcitol n’est pas mentionné dans la revue.
Autant en cas de cancer, les enjeux de vie et de mort sont tellement prononcés qu’on a moins de mal à accepter un traitement choc, risqué. Quitte à perdre, autant tenter le tout pour le tout, croyez-moi. Mais dans le cas d’un psoriasis, où dans 99% des cas le pronostic vital n’est pas en jeu, accepter un traitement de ce type me parait beaucoup plus source d’effets secondaires néfastes pour des cellules saines, même si le traitement sera évidemment adapté en fonction de la maladie à combattre.
Pourtant, on pourrait prendre ce type de communiqué pour une nouvelle prometteuse. Mais, la forme me gêne.
La législation impose une batterie d’essais cliniques par phases avant de permettre la commercialisation d’un produit. Quand on se rappelle les scandales liés à certains médicaments, je trouve toujours qu’il est nécessaire de réfléchir à deux fois avant d’avaler quoi que ce soit, malgré les précautions imposées par la loi.
Mais aussi, quand je lis la lettre aux actionnaires du labo lui-même, franchement, j’ai froid dans le dos … on y parle commerce et stratégie avec des mots trop connotés « business ».
Non, décidément, je trouve que notre mode de fonctionnement en médecine ne peut plus aller dans le bon sens. La médecine via les laboratoires, les brevets, la propriété intellectuelle, etc ne peut plus être digne d’une confiance aveugle. Les laboratoires, comme toute entreprise, se doivent de générer un chiffre d’affaire, et on sait combien, dès qu’il s’agit d’argent et de profits, les dérives peuvent être nombreuses malgré tous les gardes fous des législations existantes, elles-mêmes toujours perfectibles.
Nous avons historiquement trop cloisonné la médecine d’autres disciplines. Nous allons faire confiance à des molécules fabriquées, nous les administrer, nous les injecter, en nous reposant sur des entités qui n’ont pas vocation à faire de l’humanitaire, dont le comportement n’est pas désintéressé et qui n’ont pas fait le serment d’Hypocrate…
Oui, je crois que ces alternatives ne devraient être laissées que pour les cas considérés comme graves, comme on accepte plus facilement les chimiothérapies et les traitements par radiothérapie pour les cancers.
Malgré les formes sévères que le psoriasis peut prendre, il y a d’autres pistes à envisager avant d’en arriver à l’utilisation de molécules trafiquées, lisez successivement les chapitres de « Vaincre le psoriasis« .
Bien sûr, je ne peux rien y faire. Bien sûr, on va encore proposer un énième produit sur le marché. Bien sûr, il sera marketé, lancé à coup de campagne de communication. Bien sûr, des représentants commerciaux iront démarcher les médecins, parfois les étudiants en médecine. Bien sûr, ce produit va fonctionner sur certains patients et pas sur d’autres. Bien sûr, ce produit aura des effets secondaires potentiels avec une notice flippante pour que le laboratoire se protège en amont de plaintes éventuelles. Que faire ?
Agir individuellement pour ne plus être simplement patient, mais aussi acteur.
J’espère participer de cette démarche prochainement en témoignant à destination des dermatologues et médecins en établissement de santé.
Merci à l’APLCP de me permettre cet expérience.